L’Opinion – Damien Abad et Bruno Retailleau, côte à côte, face à l’exécutif

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Les faits. Edouard Philippe présentera lundi le plan de déconfinement au Sénat. Bruno Retailleau a estimé dans le Journal du Dimanche qu’« on ne peut plus croire le Premier ministre » et a annoncé sur Europe 1 qu’une commission d’enquête verrait le jour au Palais de Luxembourg en juin pour faire le bilan de la gestion de la crise. A l’Assemblée nationale, Damien Abad s’était, avec les deux tiers des députés LR, abstenu sur le plan du chef de gouvernement, mardi.

Ils enchaînent les interviews, multiplient les interpellations sévères à l’encontre de l’exécutif, foisonnent d’initiatives, sautent sur toutes les polémiques. Depuis le début de cette crise, Damien Abad et Bruno Retailleau sont omniprésents. Chez Les Républicains, ce sont même ceux que l’on voit le plus.

Pour Damien Abad, la crise du Covid-19 n’est pas le baptême du feu. Elu président du groupe LR de l’Assemblée nationale en novembre dernier, il avait déjà dû tenter de faire entendre, cet hiver, la voix du premier groupe d’opposition au Palais Bourbon, face à Marine Le Pen et Jean-Luc Mélenchon, lors de l’examen (avorté) de la réforme des retraites. Bruno Retailleau est lui désormais un vieux routier : il préside depuis 2014 le groupe LR au Sénat, où celui-ci est majoritaire. « La cohésion d’un groupe tient autant à la ligne politique qu’aux liens personnels avec chacun », a glissé le sénateur de Vendée, 59 ans, au député de l’Ain, 40 ans, au lendemain de son élection.

Depuis, les deux hommes s’entendent bien. Ils s’appellent plusieurs fois par semaine. S’informent, en amont, des prises de position qu’ils vont faire prendre à leur groupe. Lors de l’examen du dernier projet de loi de finances rectificative, ils ont tenu une conference call, à laquelle Eric Woerth, le président de la commission des finances de l’Assemblée nationale, et Albéric de Montgolfier, le rapporteur de celle du Sénat, ont été associés, afin d’harmoniser leur stratégie. Pendant l’examen de la réforme des retraites, ils avaient signé une tribune commune dans l’Opinion…

C’est à la fin de la campagne présidentielle de François Fillon, que Bruno Retailleau et Damien Abad ont commencé à se découvrir. Le cadet est un des porte-parole du candidat. Alors que beaucoup quittent un navire qui prend l’eau de toute part, il reste jusqu’au bout. « Il a tenu le choc », le gratifie l’aîné, qui était le premier lieutenant de l’ancien Premier ministre. Mais depuis l’élection (qui n’avait rien d’évident) de Damien Abad cet automne, leurs rapports ont pris une autre dimension. Ce dernier n’y est pas pour rien. Le 26 novembre, il a invité Bruno Retailleau à venir s’exprimer devant le groupe LR de l’Assemblée nationale. C’est la première fois que le patron des sénateurs LR était ainsi convié. Quelques semaines plus tard, ce dernier lui rendait la pareille.

Bon voisinage. « C’est une vraie relation de travail fondée sur un respect mutuel, une volonté commune de faire vivre nos groupes et une exigence réciproque de travailler sur les idées. Entre nous, il y a un esprit de loyauté et de confiance utile », dit Damien Abad. « On a trois points communs, renchérit Bruno Retailleau. Nous partageons une vision assez proche du Parlement : nous voulons y avoir un travail de proposition et pas seulement d’opposition. Ensuite, nous défendons une même vision de la politique : même si nous avons une substance différente, nous avons le goût du débat. On sait que la vie politique, ce sont des convictions, un idéal confronté à la réalité. Enfin nous avons une même vision exigeante de la droite : elle ne doit pas être démagogique, céder à la facilité, en rester à des slogans. »

Tous deux ont également été président de leur conseil départemental ; c’est un autre point commun qui aide à parler la même langue. Sur le fond, ils ont en commun la même ligne économique. Alors qu’au sein des Républicains, le libéralisme est de plus en plus « questionné », ils en restent de fervent défenseur. En revanche, ils ont de vraies divergences sur le plan sociétal. Sur la loi bioéthique, autorisant la PMA pour les couples homosexuels, le député venu du centrisme s’est abstenu, le sénateur, qui a débuté aux côtés de Philippe de Villiers, a voté contre. « Mais cela n’entrave pas notre relation car cela repose sur nos convictions respectives », assure Damien Abad.

Entre eux, il n’y a ni axe, ni alliance, simplement une relation de bon voisinage dans laquelle chacun trouve son intérêt. Bruno Retailleau compte bien jouer un rôle de premier plan en 2022. Damien Abad entend devenir un baron de la droite. S’ils se retrouvent ainsi côte à côte en première ligne dans cette crise face au gouvernement, c’est notamment grâce à leur fonction. « Le temps d’une crise, c’est d’abord le temps de l’exécutif. Mais il reste une place réduite pour la démocratie parlementaire plus que pour les partis», reconnaît le président des sénateurs LR. Le gouvernement ne le cache pas en cette période si sensible : il est plus attentif aux positions des groupes à l’Assemblée nationale et du Sénat qu’à celles des partis.

Défenseur. « Ils ont profité de l’absence de Christian Jacob au début de la crise. Celle-ci a été exploitée par les uns et les autres », ajoute un élu, qui figure aux premières places dans l’organigramme des Républicains. Touché par le Covid-19, le patron de LR a été en retrait jusqu’au début d’avril. S’il est depuis revenu, il se mobilise d’abord pour que son parti ne prenne pas trop de retard, malgré les difficultés techniques du moment, sur le travail programmatique qui a été entamé ; c’est selon lui une étape indispensable si la droite veut reconquérir le pouvoir en 2022.

Face à ces soupçons, Damien Abad, comme Bruno Retailleau, s’emploie à rassurer. « Entre Christian Jacob et moi, c’est fluide. Il n’y a pas de démarche d’hostilité, de compétition », argue le député. Le sénateur a, lui aussi, le président de LR régulièrement au téléphone. Il n’empêche. Ces dernières semaines, entre le parti et le groupe LR de l’Assemblée nationale, la situation a parfois été tendue. Dans l’hebdomadaire M, Aurélien Pradié a notamment eu des propos peu amènes à l’égard du député de l’Ain : «On a du mal à comprendre son histoire, il est difficile de savoir où il crèche, jugeait le secrétaire général de LR. Cette forme de plasticité a des allures d’opportunisme. »

Lors de la réunion du groupe LR au Sénat, le 22 avril, dans la foulée de Gérard Larcher, Bruno Retailleau a déploré que certains s’en prennent aux présidents de groupe de leur famille politique. Si aucun nom propre n’a été prononcé, tout le monde a bien compris. Au Palais du Luxembourg, Damien Abad a un défenseur…

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