«Nos électeurs nous demandent d’être de droite»

Damien Abad dans les médias

Partager l'article

Share on facebook
Share on linkedin
Share on twitter
Share on email

Par Emmanuel Galiero – publié le 26 janvier à 20h28

LE FIGARO. – Xavier Bertrand, que vous soutenez, évoque un rapprochement avec Arnaud Montebourg. Pourquoi cette idée vous fait-elle bondir?

Damien ABAD. – Ce qui me fait bondir, ce ne sont pas les déclarations de Xavier Bertrand. Il a raison de vouloir bousculer les codes en expliquant que notre programme présidentiel ne peut pas être un copier-coller de notre programme 2017. Je note d’ailleurs qu’Arnaud Montebourg a davantage fait des appels du pied à la droite que l’inverse. La droite ne peut pas être contre-nature et doit conserver son ADN politique car je suis convaincu qu’il existe un espace pour la droite libérale, pro-entreprises, capable de porter avec force un discours sur les libertés et prête à défier Emmanuel Macron sur ces sujets. Nous ne devons pas laisser le socle libéral au macronisme, celui de François Fillon qui représentait 20 % des voix.

Bertrand invite à «fédérer les talents» au-delà des partis…

Nous comptons suffisamment de talents à droite et au centre. Commençons par les fédérer au sein de notre famille politique, sans sortir de notre ADN politique et en cherchant à dégager une ligne majoritaire. Xavier Bertrand, pour sa part, a raison de vouloir parler à tous les Français, porter une espérance et proposer un projet politique novateur capable de susciter une envie.

Sa stratégie ne correspond-elle pas à celle de «l’ouverture» prônée par Nicolas Sarkozy en 2007?

Nicolas Sarkozy a été le dernier président de la République de droite capable d’être majoritaire au premier tour. N’oublions pas cette force qui permit de dégager une ligne majoritaire et de fédérer la droite. Il n’a pas gagné parce qu’il avait pris Fadela Amara ou Jean-Marie Bockel. Il a gagné parce qu’il avait été capable de créer un élan et de bousculer la droite avec le projet «travailler plus, pour gagner plus». Nicolas Sarkozy n’a jamais construit une campagne présidentielle sur l’ouverture mais sur une capacité de la droite à porter des idées nouvelles. Il faut s’en inspirer.

 

La droite est en train de redéfinir son propre logiciel à l’aune de la crise sanitaire que nous vivons. Elle ne peut pas être dans une logique d’alliance avec la gauche
Damien Abad

 

En quoi la ligne Montebourg vous semble-t-elle périlleuse pour la droite?

En République, on peut discuter et s’enrichir dans le débat, mais avoir des échanges est une chose, bâtir des alliances en est une autre. La droite est en train de redéfinir son propre logiciel à l’aune de la crise sanitaire que nous vivons. Elle ne peut pas être dans une logique d’alliance avec la gauche. Nos électeurs nous demandent d’être de droite, que ce soit sur les questions régaliennes ou les thématiques économiques. Nous devons conserver ce fil consistant à défendre les libertés, à lutter contre l’excès de normes, à alléger les charges pesant sur les entreprises, à soutenir l’entrepreneuriat, le risque, le travail, la méritocratie et l’ascenseur social… S’interroger sur une alliance avec l’aile gauche du PS est une chimère.

Dans le gaullisme, nous trouvons presque tout, de l’approche sociale à l’approche économique en passant par l’approche libérale et la souveraineté. Il est important pour nous de ne pas surjouer nos différences au sein de la droite car une ligne majoritaire existe et elle peut tous nous rassembler. Arnaud Montebourg est un homme de gauche qui a quitté un gouvernement qu’il ne considérait pas assez à gauche. Souvenons-nous de son alliance avec Benoît Hamon. Je n’oublie pas aussi qu’il a combattu Jacques Chirac et il ne faut pas croire qu’en tant que défenseur d’une forme de souverainisme anticapitaliste, il pourrait incarner aujourd’hui une droite sociale.

Pourtant, Guillaume Peltier, numéro deux des Républicains, perçoit une proximité possible avec le patriotisme économique de Montebourg?

Guillaume Peltier a raison de vouloir défendre le patriotisme économique à droite et faire du travail le pivot de notre refondation. La porte d’entrée, c’est l’économie sociale de marché. Le patriotisme d’entreprise, dont l’objectif doit être la défense de certains secteurs stratégiques clefs, ne doit pas être le monopole des souverainistes. Nous pouvons être à la fois patriotes et européens. La droite ne peut pas se séparer entre une aile sociale d’un côté et une aile libérale de l’autre. Mon objectif est clair: la droite doit aller convaincre l’électorat d’Emmanuel Macron mais elle ne pourra pas le faire en cherchant des alliances illusoires à gauche. D’ailleurs, en tant que président de groupe, je sens bien qu’une ligne majoritaire peut se dégager au-delà de nos différentes sensibilités.

Emmanuel Macron n’a-t-il pas déjà capté de nombreux électeurs de droite?

Il peut aussi en perdre beaucoup! Et c’est justement parce qu’il a capté nombre de nos électeurs que nous ne devons absolument pas abandonner le match. Plus nous parviendrons à réunir la droite, plus nous pourrons rassembler les Français. Nous devons challenger le président de la République sur ce terrain car tout le monde constate un gouffre entre ses paroles et ses actes. PME, transmission, retraites, réforme de l’État, actionnariat salarié, code du travail, sécurité, islamisme… Ce quinquennat restera celui des promesses non tenues et des ambitions perdues.

 

Retrouvez cette interview en intégralité sur le site du Figaro : damien-abad-nos-electeurs-nous-demandent-d-etre-de-droite-20210126

Les derniers actualités

Damien Abad : « Quand on ne crée pas la confiance, on impose la contrainte »

Le projet de loi comportant les nouvelles mesures anti-Covid doit être examiné cette semaine par le Parlement. Le président du groupe LR à l’Assemblée prône « un meilleur équilibre » sur le pass sanitaire, jugeant les sanctions « disproportionnées ». Il épingle le « défaut d’anticipation » de l’exécutif mais fustige les « slogans haineux » des « antivax ».